Analyse politique de l'affiche de « Belles Familles » (film français)

Très sincèrement et vraiment sans aucun second degré, j'ADORE ce genre d'affiche (lien direct vers un fichier image), elle montre à quel point le Cinéma est un milieu conservateur, sexiste et raciste. Ces deux derniers termes doivent d'abord être entendu comme "les femmes et/ou non-blanc·hes sont invisibles".

J'analyse l'affiche car elle apparait dans un journal gratuit, récolté ce jour. Je n'ai vu ni la bande-annonce, ni des extraits, ni des critiques ni même la présentation aux media, tout cela pour juger l'affiche avec un oeil neuf et naïf. J'ai juste recherché le visuel entier de l'affiche, en-dehors du contexte de cette pub.

Donc dans l'affiche sur cette pub, une galerie de personnages est montrée en pied de page, après un nuage bariolé de mots-clés encenseurs. Dans le portrait collectif, tout le monde est blanc·he, sauf une femme en haut à droite, typée asiatique. Diversité : 12,5 % (1/8).

Attachons-nous à leur postures.
Les quatre hommes sont debouts, l'un avec un pied sur un tas de bois (en fait peu importe SUR QUOI son pied est juché, juste pour dire qu'il n'est pas 100% debout). Les quatre femmes sont assises au premier plan, sauf une au centre de l'image debout les bras ballants, et sauf la dame asiatique au second plan. L'une est assise et légèrement avachie sur le côté, accoudée en fait. Toutes les 4 assises, une position plutôt passive, comme si elles attendaient, ou étaient soumises. Ces trois femmes se retrouvent cernées par quatre hommes, au moins sur le plan graphique.

La similarité des postures ne s'arrête pas à leur station (debout vs. assise).
Chacun des hommes a une main dans la poche, sauf un qui y a les deux. Ils semblent plus porter leur regard au loin, alors les femmes regardent majoritairement vers la caméra, donc le/la spectateur/trice. Les femmes ont les bras qui se joignent au niveau du poignet ou de la main, et leurs jambes sont croisées. Les bras des hommes sont ouverts et écartés, celui qui n'est pas dans la poche repose sur quelques chose.

Sur les tenues là aussi des choses à dire.
Tous les hommes portent un banal costume deux pièces (veston noir ou gris + pantalon assorti, sauf un couleur crême), avec cravate sombre sur chemise blanche, cravate serrée ras-le-cou sauf un au milieu du groupe, son col légèrement déserré. Tous les quatre ont la veste ouverte (non boutonnée), sauf un. Donc aucune originalité dans la tenue masculine, le truc basique de chez basique.
Les costumes féminins (au sens cinématographique) sont un peu plus diversifiés : une robe boutonnée en denim fin accompagnée d'une ceinture marron, une robe blanche à motifs accessoirisée avec d'un blouson en cuir façon rockeur ou motard (porté ouvert), une robe blanche avec un trench beige porté par-dessus, une robe blanche lisse (façon tailleur) sans manche. Toute avec décolleté (sauf celle sans manche) ou col ouvert, et toutes qui laissent voir les jambes, au moins les mollets. Pour deux des messieurs on voit leur chaussures, des souliers "élégants", cirés, fermés, pour les dames, une porte des chaussures ouvertes (estivales ?) à talon haut, une est pieds nus, une porte des chaussures quasi-non visibles sur l'affiche, juste le bout qui cache les orteils, comme des ballerines.

Rien ne suggère deux couples homosexuels ou homoparentaux (qui auraient des enfants), on suppose donc quatre familles sur le modèle traditionnel : une femme + un homme. Rien ne suggère que l'un·e ou l'autre de ces persos pourrait être altersexuel·le (non-hétérosexuel·le et/ou transgenre).

Nous sommes donc en présence d'une affiche qui place les femmes à "leur place" et les hommes à "la leur", dans des rôles sociaux très typés, dans la norme "attendue", sans la moindre variation ou "déviation".

Belles familles... peut-être, mais sûrement pas progressistes ou novatrices.

Le cinéma est politique.