Reportage accablant sur Ekinoxe Origin SAS (retranscription)

Voici la retranscription du reportage « Piégée sur Internet » diffusé sur la chaine belge RTL TVI le 18 février 2010 dans l'émission « Images à l'appui ». Il vise la S.A.S Ekinoxe Origin, agence web surprenante liquidée le 2 novembre 2010 par le Tribunal de Commerce de Roubaix-Tourcoing en raison de ses dettes colossales. Elle était dirigée par L. Guilbert, T. Delaere et S. Dejonghe.


Une femme, face caméra : Je ne comprends pas ce système qui fait que... Nous on veut s'en sortir et il y a d'autres gens, plus vous êtes par terre, plus ils tapent ! Je ne comprends pas ça !

Narratrice : Gaëtane est née avec un marteau dans une main et une aiguille dans l'autre. Il y a neuf ans, cette maman célibataire de trois enfants s'est lancée corps et âme dans une aventure qui lui tenait à cœur : créer son petit atelier de confection créative.

Gaëtane Edouard :  Alors mon atelier en fait, l'intention c'est... je récupère des anciens objets... J'aime bien les objets un peu insolite, des fauteuils, etc... Et alors selon la demande du client surtout, j'essaye de viser un peu son caractère et j'essaye de remettre ces caractéristiques dans l'objet que je créé.

Narratrice : Difficile pour une artiste de percer et de faire connaître son travail à travers le pays voire même à l'étranger. C'est donc un petit miracle lorsqu'un jour elle se fait approcher par une commerciale qui lui promet monts et merveilles.

Cliente : Elle est arrivée, et son optique c'était de m'offrir un site, et en échange je devais être une maison-témoin en Belgique [comprendre : un client-témoin], parce que cette société est française et de cette-là, comme elle s'installait en Belgique, elle vouait se faire connaître, et avoir des artistes ou artisans contents du travail et qui pouvaient donc rassurer les futurs clients hésitants à signer ce fameux contrat.

Narratrice : Gaëtane a du mal à y croire. La commerciale lui proposerait de réaliser un site internet entièrement gratuit, destiné à exposer ses talents. Une véritable opportunité ! Sans hésiter elle signe le contrat, aucune période de réflexion ne lui est offerte, la méthode utilisée par cette commerciale s'appelle le "one shot", comme nous l'explique cet avocat spécialisé en Droit des technologies de l'information.

Maître Lionel Lejeune : C'est « un rendez-vous, un contrat ». Donc, le commercial qui arrive sur place, il va prendre tout le temps qu'il faut, mais il lui faut, à la fin de son entrevue, de son rendez-vous avec le client potentiel, il lui faut un contrat signé.

Cliente : Étant donné qu'avec la crise et tout c'est quand même assez difficile de pouvoir vraiment démarer, je me suis dit que c'était une chance extraordinaire. Donc... Il est vrai que c'était fort alléchant dans le sens qu'ils m'aidaient, et moi je les aidait.

Narratrice : Très rapidement, la machine se met en route. Gaëtane est invité à une journée de formation, le site [ http://www.edou-art.be , n'existe plus ] est rapidement mis en ligne, textes et photos à l'appui, mais le résultat est décevant.

 Un mois plus tard, une facture de près de 400 euros arrive dans sa boîte aux lettres. C'est la consternation ! Gaëtane se retrouve à devoir payer un site qu'elle nous décrit comme simpliste pour une somme exhorbitante, le tout pour une période de quatre ans.

Cliente : J'ai tout simplement « en rouleau » comme on appelle ça sur Internet [elle évoque une galerie d'images qui réalise une rotation ou une alternance d'images, comme le mode en « carroussel »], donc j'ai des textes qui défilent et des photos qui défilent, et... En fait c'est un système qui existe depuis deux cents ans. C'est... soit-disant c'est hyper-moderne leur façon de faire, mais il n'y a rien... il n'y a rien de moderne là-dedans. [2'51'' : milieu du reportage] Sincèrement, un site pareil je sais le faire moi-même !

Narratrice : Pour tenter de comprendre dans quel guet-apens Gaëtane s'est engouffré, nous cherchons à cerner le fonctionnement de cette société [Ekinoxe Origin à Roubaix]. Nous retrouvons la trace de la commerciale qui lui a fait signer ce fameux contrat, la jeune femme a quitté l'entreprise il y a moins d'un an, son témoignage est étonnant.

Ancienne commerciale, en silhouette, voix déformée : J'étais drillée. Voila. Comme... dans une secte, les gens peuvent être drillés pour des choses, moi je l'ai été pour vendre un produit qui ne valait le prix qu'on lui donnait. Et finalement, je m'en suis rendu compte.

Narratrice : Au cours de la discussion, elle nous livre quelques-unes des stratégies imposées par la société.

Ancienne commerciale : Le but, c'était de les faire signer. On ne pouvait rien laisser comme document de toute façon. Juste nos paroles devaient suffire. Et évidemment, on avait un argumentaire à apprendre par cœur, pour pouvoir argumenter. Une fois devant la clientèle on devait connaître son produit par cœur !

 On nous disait : « Si jamais le client te dit : Ah c'est sur deux ans ! », je ne pouvais pas le reprendre. Je devais dire : « Oui ». Je ne pouvais pas dire « Ah non c'est sur quatre ans ! ». Je devais acquiescer, mais je savais personnellement que quarante-huit-mois c'est quatre ans.

Narratrice : Nous avons joins par téléphone l'un des responsables de la société avec laquelle Gaëtane est pieds et poings liés. [Vraisemblablement Thomas Delaere] Son discours est à l'évidence très bien ficelé.

Responsable de l'entreprise : À partir du moment où un client s'implique dans son site et travaille en collaboration avec nous, c'est un client qui va réussir !

Narratrice : Si je donne 400 euros par moi, c'est pas pour aller alimenter mon site et mettre des photos et changer mes textes moi-même, on est d'accord ?

Responsable de l'entreprise : Ben, 400 euros... Excusez-moi, mais 400 euros par rapport à toutes les prestations qui est mises en place, c'est vraiment pas cher du tout !

 Si cette personne elle est de bonne foi, qu'elle se remet à payer, qu'elle s'investit dans son site, forcément, elle aura du retour sur investissement ! À partir du moment où elle se met en impayé et qu'elle ne veut plus prendre contact avec nous, on ne peut pas faire plus que ce qu'on a déjà fait !

Cliente : Tout est faux depuis... du début jusqu'à la fin ! On vous promet de choses, et en fait on se rend compte que tout ce qu'ils disent, ce n'est que mensonge.

Narratrice : Depuis la signature de ce contrat il y a neuf mois, c'est la descente aux enfers pour cette artiste, rongée par les soucis financiers.

Cliente : Depuis le mois de mars, que je me suis rendu compte que c'était vraiment une escroquerie pur et simple, je ne dors plus,... j'ai pris dix kilos, je pleure tout le temps... C'est épouvantable comme vie. Si il persévèrent dans leur bêtise, je perds tout.

Narratrice : Aujourd'hui une société de recouvrement a pris le dossier en charge. [En fait : la société Parfip de location longue durée = crédit-bail.] Chaque mois elle rappelle à Gaëtane que si ses factures ne sont pas honorées, ce sont les huissiers qui viendront la dépouiller.

[Gros plan sur le montant TTC à payer tous les mois : 423,50 euros.]

Cliente : Je suis décidée à ne pas me laisser faire. Pour moi et pour tous les gens qui sont naïfs et gentils, qui pourraient tomber dans ce fameux panneau de la méthode "one shot".

[Fin de la retranscription réalisée par Mathias Poujol-Rost]


Source : vidéo postée sur Rutube, via un lien sur le site Web de l'ADCAPI (qui ne répond plus à cet instant). Vous pouvez la revoir sur YouTube.

On constate donc que les méthodes de vente en cycle court n'ont pas changé !

Certains anciens salariés ou gérants d'Ekinoxe Origine sont associés et/ou gérants dans de nouvelles entreprises, dont Guilbert Consulting (n° 0.809 849 337 en Belgique), Kreatic/ formation-vip.com (n° 0.832 988 686 et SIREN 529 255 812), Ulti Projects/ ma pub tv.com (SIREN 532 715 661), Kimura/ darwin-distribution.com (SIREN 528 302 441)...

Page du 23 septembre 2013.